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Chlordécone : que retenir des auditions d'Agnès Buzyn et Frédérique Vidal ?

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La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lors de l'audition du 14 octobre 2019 par la commission d'enquête sur l'impact du chlordécone. ©DR
Les auditions de ministre par la commission d’enquête sur l’impact du chlordécone ont commencé ce lundi avec Frédérique Vidal et Agnès Buzyn. L’objectif était de comprendre où en est la recherche et les dispositions à prendre pour protéger la population.
Au premier jour des auditions prévues cette semaine par la commission d'enquête sur l'impact du chlordécone, la question de la responsabilité de l'État dans cette crise était évidemment en filigrane.

Interrogée ce jour, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a insisté sur la nécessité de reconnaître cette implication en adressant un message à la population antillaise. "Vous n'êtes pas seuls, vous ne vous battez pas seuls", a-t-elle dit, arguant que "l'ensemble de l'État" était mobilisé "comme jamais" contre ce "fléau".
   

Alimentation "zéro chlordécone"

La ministre de la Santé a reconnu qu'il n'y avait pas eu "assez de communication avec la population" au fil des trois plans chlordécones. Aujourd'hui, Agnès Buzyn insiste sur l'un des volets du dernier plan, l'objectif "zéro chlordécone" dans l'alimentation. Ce pesticide très persistant peut subsister dans les sols jusqu'à sept siècles et on le retrouve dans l'eau, dans les légumes qui poussent dans la terre et même dans les poissons et la viande.
  
Pour éviter toute contamination par la nourriture, les autorités ou encore des associations mettent en place des dispositifs comme des tests des sols, des interdictions de zones de pêche ou encore des applications de conseils pour les consommateurs.
 
Devant la commission, Agnès Buzyn a insisté sur la nécessité de bien faire connaître ces mesures qui permettent, selon elle, de tendre vers le "zéro chlordécone" dans l'alimentation.
 

Il n'y a rien de pire quand on est un citoyen de savoir qu'on est potentiellement exposé à quelque chose qui a peut-être des conséquences sur sa santé et de ne pas savoir [...] si on a moyen de se protéger et de protéger ses enfants. Ce que vit la population antillaise est insupportable.
- Agnès Buzyn, ministre de la Santé

   

Priorité stratégique

Le chlordécone est reconnu comme perturbateur endocrinien et est soupçonné d'être à l'origine de cas de cancers de la prostate.
 
Interrogée sur la question de la recherche, Agnès Buzyn a confirmé le financement d’un programme de recherche à l’Institut National du Cancer pour les chercheurs qui veulent travailler sur le chlordécone. "Cette histoire dure depuis trop longtemps", a estimé la ministre. "Je pense qu'il faut en faire une priorité stratégique".

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, était d'ailleurs auditionnée juste avant au sujet de l'avancée de la recherche sur le chlordécone et ses différents impacts.
  

Recherche scientifique

La partie scientifique est souvent pointée du doigt, notamment son "désordre", comme l'avait qualifiée Serge Letchimy, président de la commission. "Comment aborder un drame avec des solutions classiques ? Est-ce qu’il faut prioriser la recherche sur le chlordécone ?", a-t-il interrogé la ministre ce lundi. Frédérique Vidal lui a répondu avoir proposé un volet chlordécone dans le prochain plan national santé environnement.

Pas suffisant, pour le député de Martinique, qui estime que "faire du chlordécone une priorité nationale pourrait apaiser l'aigreur des Antillais". "Il faut absolument dédier des formes d'actions spécifiques sur ces territoires qui sont en souffrance", a-t-il martelé.
 
Les audiences de ministres se poursuivront mardi 15 octobre par celle d'Annick Girardin, ministre des Outre-mer. Enfin, jeudi, ce sera au tour de Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, d'être auditionné par la commission d'enquête. Celle-ci rendra ses conclusions au début du mois de décembre.
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