Emmanuel Kasarhérou : "La culture kanak, c’est une parole qu’il faut écouter" [#MaParole]

exposition
Emmanuel Kasarhérou #MaParole
©Cécile Baquey

Président du musée du quai Branly, Emmanuel Kasarhérou est le premier Kanak à diriger un grand musée national. De son enfance passée en Nouvelle-Calédonie au sein d’une famille atypique à la direction du Centre culturel Tjibaou, il raconte dans #MaParole son parcours remarquable.
 

Nommé le 27 mai 2020 président du musée du quai Branly-Jacques Chirac, Emmanuel Kasarhérou a pris son poste dans un contexte sanitaire particulièrement délicat. Mais la difficulté le "stimule". Du haut de son bureau situé au 5e étage du magnifique bâtiment imaginé par l’architecte Jean Nouvel, Emmanuel Kasarhérou a accepté de parler de son enfance passée en Nouvelle-Calédonie.

Emmanuel Kasarhérou est le fruit d’un mariage atypique dans les années 50 sur le caillou. Sa mère Jacqueline de la Fontinelle suivait des cours de Houailou (langue ajië) à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) à Paris.

De son côté Hippolyte Kasarhérou venait donner des exercices de Houailou aux élèves. Il avait été envoyé à Paris par la mission protestante de Do Neva (le vrai pays en langue ajië) pour prendre des cours de couture car "la mission avait besoin de couturiers", précise son fils.  

C’est ainsi que les parents d’Emmanuel Kasarhérou se sont rencontrés à Paris et ont décidé de partir vivre en Nouvelle-Calédonie. Dans le premier épisode de #MaParole, Emmanuel Kasarhérou raconte l’école à Nouméa, la cité mélanésienne de Montravel où il a grandi ainsi que les vacances en brousse à Houailou dans la famille paternelle et les séjours à Paris, "le village des grands-parents maternels" avec "ses arbres sans feuilles".

►Emmanuel Kasarhérou : chapitre 1


Très tôt, Emmanuel Kasarhérou s’est intéressé à l’archéologie. Il a suivi à la Sorbonne à Paris l’enseignement de José Garanger, le pionnier de l’archéologie océanienne en France. Et à 25 ans, en 1985, il a été nommé directeur du musée de Nouméa. La Nouvelle-Calédonie vit alors ses années de plomb. Quelques mois avant sa nomination, l’indépendantiste Eloi Machoro était assassiné près de la Foa.

Diriger un musée en période de quasi-guerre civile n’était pas simple, mais le musée de Nouméa n’a pas fait "l’objet de menaces" pendant toute cette période, même si "les tensions étaient latentes", raconte Emmanuel Kasarhérou. Le président du quai Branly se souvient dans #MaParole du 4 mai 1989, le jour de l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou. "C’est notre 11 septembre à nous", déclare-t-il.

Pendant toute cette période, Emmanuel Kasarhérou mène une entreprise pharaonique : faire l’inventaire du patrimoine kanak dispersé. "C’était l’idée de Jean-Marie Tjibaou. Il en avait confié la mission à l’ethnologue Roger Boulay", précise-t-il. Très vite, le jeune directeur de musée est associé à cette mission et noue une amitié indéfectible avec l’ethnologue.

A la suite du choc créé par l’assassinat de Jean-Marie Tjibaou, Michel Rocard, Premier ministre, décide d’impulser la construction d’un centre culturel Tjibaou dans le cadre des grands travaux de la République. Le centre est inauguré en 1998 et Emmanuel Kasarhérou y est nommé directeur de l’ADCK (Agence de développement de la culture kanak) puis du centre en 2006.

►Emmanuel : chapitre 2


A partir de 2011, Emmanuel Kasarhérou quitte la Nouvelle-Calédonie pour Paris. Il part au musée du quai Branly pour préparer une grande exposition sur l’art kanak. Kanak, l’art est une parole sera présenté au public en 2013 après avoir fait l’objet d’une cérémonie coutumière. Une grande délégation de Nouvelle-Calédonie avait fait le déplacement.

La culture kanak y est présentée de manière vivante et incarnée par des grands chefs qui ont construit l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, dont Ataï qui a conduit l’insurrection de 1878. C’était la volonté d’Emmanuel Kasarhérou et il s’en explique dans le troisième épisode de #MaParole.

Cette exposition est aussi l’aboutissement du long parcours mené par Emmanuel Kasarhérou et son "vieux complice" Roger Boulay visant à recenser tous les objets kanak à travers les musées de la planète. En 30 ans, environ 16 000 objets kanak ont été répertoriés dans 111 musées à travers la planète par le duo de conservateurs.

Aujourd’hui président du musée du quai Branly, Emmanuel Kasahrérou doit faire vivre un établissement confronté à une crise sanitaire sans précédent. Il doit aussi faire face à des demandes de plus en plus nombreuses de restitutions d’objets de la part de pays africains. Il explique sa méthode dans #MaParole. "Tous les objets qui sont dans les musées ne sont pas des objets volés, loin de là, déclare-t-il. Et quand il y a des objets pour lesquels il y a des suspicions légitimes, il faut qu’ils soient étudiés et il faut une étude scientifique pour étayer ou pas ces suspicions".

►Emmanuel Kasarhérou : chapitre 3

Cette interview a été enregistrée le vendredi 13 novembre 2020 au musée du quai Branly, bien avant la crise liée à la vente de l'usine de nickel du sud de la Nouvelle-Calédonie. La prise de son a été réalisée par Bruno Dessommes.

Pour retrouver tous les épisodes de #MaParolecliquez ici.  
 

 

Emmanuel Kasarhérou en 5 dates

♦ 16 juillet 1960
Naissance d’Emmanuel Kasarhérou à Nouméa
♦ 12 janvier 1985
L’indépendantiste kanak Eloi Machoro est abattu par le GIGN à La Foa. L’état d’urgence et le couvre-feu sont décrétés sur le territoire.
♦ 4 mai 1998
Inauguration du Centre culturel Tjibaou à Nouméa.
♦ 13 octobre 2013
Cérémonie coutumière pour l’ouverture de l’exposition Kanak, l’art est une parole au musée du quai Branly.
♦ 27 mai 2020
Emmanuel Kasarhérou est nommé président du musée du quai Branly-Jacques Chirac.

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