Les Outre-mer, c'est quoi ? La Martinique

les outre-mer, c'est quoi ?
rocher du Diamant en Martinique
Le rocher du Diamant en Martinique ©Philippe Triay
Comme dans le reste des petites Antilles, la Martinique a été habitée environ 2000 ans avant notre ère par des peuples venus du bassin de l’Orénoque. Puis vinrent les colons, l'économie de la traite et de l'esclavage, les révoltes et l'abolition, qui changèrent à jamais la physionomie de l'île. 
Chef-lieu : Fort-de-France  
Statut : Collectivité territoriale unique  
Zone : Caraïbe, petites Antilles
Au nord, la Dominique et la Guadeloupe
Au sud, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines
Paris se trouve à près de 6.900 km
La Martinique fait partie des régions ultrapériphériques (RUP) de l’Union européenne
Langues : français et créole
 

Population

En 2018, la population martiniquaise était estimée à un peu plus de 368.000 personnes. Suivant la même tendance que son île sœur la Guadeloupe, la Martinique perd régulièrement des habitants depuis le milieu des années 2000, au rythme de près d’1% par an. Taux de natalité en baisse, solde migratoire négatif, départ des jeunes à cause essentiellement d’un manque de perspectives professionnelles, la population vieillit : plus de 28 % des Martiniquais sont âgés de 60 ans et plus, contre 26 % au niveau national. Ainsi, la Martinique est devenue la région la plus âgée de France.

Le nombre d’habitants poursuit sa baisse en Martinique, et revient à son niveau de 1995
stats habitants Martinique
 

Histoire en bref

Comme dans le reste des petites Antilles, la Martinique a été habitée environ 2000 ans avant notre ère par des peuples venus du bassin de l’Orénoque (actuel Venezuela), en majorité des Indiens Arawaks, chassés eux-mêmes plus tard par les Indiens Caraïbes ou Taïnos vers le VIIe siècle.
Christophe Colomb et les Espagnols posent pour la première fois le pied en Martinique en juin 1502 sur l’actuelle commune du Carbet. Initialement dénommée Madinina, « l’île aux fleurs », elle deviendra française en septembre 1635 avec Pierre Belain d’Esnambuc qui fonde la colonie de Martinique à cette date, gérée par la Compagnie des îles d’Amérique. Massacrés par les colons ou décimés par les maladies, les derniers Indiens Caraïbes s’enfuient de l’île à la fin du XVIIe siècle.

Durant cette période, l’économie du territoire est d’abord marquée par la culture du tabac, de l’indigo et du café, avant d’être dominée par celle de la canne à sucre. Très rémunératrice, réalisée sur d’importantes surfaces, l’économie sucrière va nécessiter une main d’œuvre considérable, qui sera basée sur le système esclavagiste. Des dizaines de milliers de captifs africains sont ramenés en Martinique. En 1685, l’organisation administrative et socio-économique de l’île sera basée sur le « Code noir », qui suscita l’ire des abolitionnistes. En février 1794, en France, la Convention décide d’abolir l’esclavage. En Guadeloupe et en Martinique, les colons font appel aux Anglais pour maintenir le système. Cette tentative échoue en Guadeloupe, mais réussit en Martinique qui va rester jusqu’en 1802 sous domination britannique. La même année, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage en juillet 1802. Mais les temps changent et la cause abolitionniste gagne du terrain dans le monde. En 1807, l’Angleterre vote la suppression de la traite négrière, suivie par la France en 1814, puis celle de l’esclavage en 1833. Enfin, sous la pression des révoltes d’esclaves (notamment celle de Saint-Pierre) et de l’action volontariste de Victor Schœlcher, alors sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies, le décret d'abolition de l’esclavage est signé le 27 avril 1848. La Martinique célèbre cet événement historique tous les 22 mai, date de la proclamation du décret sur place, où quelque 74.000 esclaves furent émancipés.

 >>> A lire : Les dates clés de l’histoire de l’esclavage
 
>>> A lire et à voir : Archives : avril 1830, dernier naufrage d'un navire de traite illicite en Martinique

A cette époque, la Martinique et ses usines à sucre connaissent un processus d’industrialisation rapide, ce qui va nécessiter encore plus de main d’œuvre. L’esclavage étant aboli, les planteurs vont faire appel à des travailleurs indiens, venu des comptoirs sous possession française. Entre 1853 et 1883, l’île accueillera plus de 25.000 « engagés » indiens, auxquels, on le sait moins, viendront s’ajouter quelques 10.000 Africains libres venus principalement du bassin du Congo. La Martinique accueillera également une immigration syro-libanaise et chinoise. En 1875, l’île est représentée au Parlement à la suite de l’instauration du suffrage universel en 1870.
Dans la première moitié du XXe siècle, des milliers de Martiniquais participeront aux deux Guerres mondiales. Dans le même temps, on assiste à une multiplication des revendications égalitaristes et assimilationnistes, incarnées notamment par l’écrivain Aimé Césaire (1913-2008). Enfin, en mars 1946, la Martinique devient un département français d’Outre-mer.
 

Géographie

La Martinique occupe une superficie de 1.128 km2, d’une longueur d’environ 60 km et de 30 km de largeur. De par son origine volcanique, l’île possède un relief à la fois très accidenté et diversifié. Son point le plus haut est le volcan de la Montagne Pelée, dans le nord, culminant à 1.397 mètres. On y trouve aussi les Pitons du Carbet (1.196 m) ainsi que le Morne Jacob (784 m). La zone sud, plus sèche, est constituée principalement de plaines et de mornes. La Martinique compte également 48 îlets, dont le fameux rocher du Diamant, riches en biodiversité mais dont les écosystèmes sont particulièrement fragiles.
 
Montagne Pelée Martinique
Le volcan de la Montagne Pelée ©Philippe Triay
 

Economie

Bien que la Martinique soit l’un des territoires les plus riches de la Caraïbe, avec un Produit intérieur brut (PIB) par habitant de 23.334 euros en 2017, il ne représente que 68 % du PIB par habitant pour la France entière. L’île est dominée par une économie tertiaire. Selon l’INSEE, en 2015 les services (marchands et non marchands) représentaient 82,6 % de la richesse produite en Martinique (contre 78,4 % pour la France hexagonale). La part des services non marchands (administration, santé, éducation…) est particulièrement importante, en lien avec le poids des services publics dans l’économie locale. En 2018, le taux de chômage s’élevait à 18 % de la population active, contre 8,8 dans l’Hexagone.

Emploi Martinique : répartition par branches
 
Emploi Martinique

La filière banane constitue l’activité principale du secteur agricole en Martinique. En 2017, les surfaces destinées spécifiquement à l’exportation de banane atteignaient 5.000 hectares, soit 22,8 % de la surface agricole utile. Plus de 97 % des surfaces employées à la banane sont dédiées à des variétés d’exportation. Le nombre d’exploitations de bananes était de 366 en 2017 (contre 767 en 2000). La France hexagonale représente le principal débouché de la banane martiniquaise, à hauteur de 87,7%. En 2018, la part de marché de la banane martiniquaise n’atteignait que 1,9 % du marché européen, bien loin derrière la banane « dollar » qui en concentrait près des trois quarts.
 

Politique et cadre institutionnel

La Martinique est une collectivité territoriale unique régie par l’article 73 de la Constitution, qui exerce les compétences auparavant dévolues au conseil régional et au conseil général. La Collectivité territoriale de Martinique (CTM) est donc une structure administrative distincte de l’administration de l’État. Ses missions sont de promouvoir le développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique de la Martinique, l’aménagement de son territoire, la préservation de son identité et la coopération régionale, en collaboration avec les communes et l’Etat. La CTM est constituée de trois principaux organes : l’Assemblée de Martinique, composée de 51 membres (les conseillers territoriaux), avec à sa tête un président ; un organe exécutif : le Conseil exécutif de Martinique, composé de 9 membres, avec un président de l’Exécutif assisté de 8 conseillers exécutifs ; et un organe consultatif : le Conseil économique, social, environnemental, de la culture et de l’éducation qui assiste l’Assemblée et le Conseil exécutif.

>>> Le site de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM)

La Martinique compte quatre députés et deux sénateurs au Parlement. Ils ont également un représentant au Conseil économique, social et environnemental (CESE).
Au niveau régional, l’île est membre associée de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), de l’Association des États de la Caraïbe (AEC), dont le but est de favoriser la collaboration économique, sociale et culturelle entre les territoires caribéens, et de l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO).
 

Société

Cherté de la vie, pollution des terres et des eaux par le chlordécone, invasion des algues sargasses, insécurité, chômage… Autant de questions, entre autres, qui préoccupent la société martiniquaise. Récemment, à l’instar de l’Hexagone, la réforme des retraites a cristallisé des oppositions dans les domaines de l’éducation et de la santé. De même, la place des femmes s’invite de plus en plus souvent dans le débat, concernant notamment les problèmes des violences qu’elles subissent, du sexisme et des inégalités professionnelles. En mars 2020, l'épidémie de Covid-19 a touché la Martinique. A la fin mai, le territoire comptait près de 200 personnes contaminées et 14 décès liés à la maladie. Le même mois, d'inquiétantes pénuries d'eau potable se faisaient sentir, suscitant plusieurs manifestations de la population. 

Décryptage : le chlordécone, un scandale français ? (par Cécile Baquey). >>> Deuxième volet à lire ici 

>>> À lire et écouter : Grenelle contre les violences conjugales : "Je pense que la place des Outre-mer n’est pas suffisante", estime la Martiniquaise Chantal Clem
 

Culture et sport

Martinique, terre d’écrivains. Commençons avec le plus célèbre d’entre eux, Aimé Césaire (1913-2008), co-fondateur du mouvement de la négritude, et qui fut maire de Fort-de-France durant plus de 55 ans ! On trouve également les romanciers Patrick Chamoiseau, prix Goncourt en 1992 pour son roman « Texaco » ; mais aussi, et la liste n’est pas exhaustive, Joseph Zobel, Edouard Glissant, Raphaël Confiant, Daniel Picouly (prix Renaudot 1999), Fabienne Kanor et sa sœur Véronique, Tony Delsham… Autre personnalité marquante qui a beaucoup écrit, le psychiatre Frantz Fanon (1925 – 1961, « Peau noire, masques blancs », « Les Damnés de la terre »), qui joua un rôle déterminant en faveur de la lutte de libération algérienne.
En musique, les talents sont également multiples. Notons, entre autres, le pianiste Eddy Louiss (1941-2015), les chanteurs Ralph Thamar, Kali et Jocelyne Béroard, Dédé Saint-Prix, le groupe Malavoi, la rappeuse Casey, Meryl, Kalash, JoeyStarr etc. Dans le registre classique, le pianiste et concertiste Wilhem Latchoumia a séduit les salles du monde entier. Et bien sûr, il y a l’incontournable carnaval de Martinique, mais cela est déjà connu !

♦ Wilhem Latchoumia interprète Serge Prokofiev : "Valse de Cendrillon et du Prince"

Dans le milieu du cinéma, l’actrice Darling Légitimus (1907-1999) a marqué son époque en débutant sa carrière dans la Revue nègre des années trente avec l’Américaine Joséphine Baker. Elle est par ailleurs la grand-mère du célèbre humoriste Pascal Légitimus. La réalisatrice pionnière Euzhan Palcy est également une figure emblématique de la Martinique avec ses films « Rue Cases-Nègres » et « Une saison blanche et sèche » notamment. On trouve aussi dans cette galerie la productrice France Zobda et les cinéastes Lucien Jean-Baptiste et Guy Deslauriers.

>>> A lire et écouter Euzhan Palcy : "Le fait d’être cinéaste est né d’une grande colère, que j’ai voulue créatrice" (interview)

Dans le monde du sport, on notera les footballeurs Raphaël Varane (champion du monde en 2018 avec l’équipe de France) et Nicolas Anelka, la défenseuse Wendie Renard côté femmes, la gymnaste Mélanie de Jésus Dos Santos (triple championne d’Europe), le capitaine de l’Équipe de France de Handball Cédric Sorhaindo, la basketteuse Sandrine Gruda, et la judokate Émilie Andéol, championne Olympique en 2016 ; sans compter le célèbre Tour des yoles, ces embarcations traditionnelles emblématiques du patrimoine martiniquais.

 
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