Documentaire : "Les statues de la discorde", quand la jeunesse s’attaque aux symboles de l’héritage colonial

racisme
La statue de Victor Schoelcher et de l'esclave libéré
La statue de Victor Schoelcher et de l'esclave libéré a été peinte en signe de protestation ©L. Marot

Dans un film documentaire de 52 minutes, Emile Rabaté suit de jeunes militants qui dénoncent le racisme. En Martinique, à Paris et à La Réunion, ils s’attaquent aux symboles de l’héritage colonial et portent leurs causes jusque devant les tribunaux.

Ils sont militants, associatifs, musiciens, historiens. Originaires des Outre-mer, ils s’attaquent aux symboles coloniaux dans l’espace public. Ils déboulonnent les statues, recouvrent d’autocollants le nom des rues, manifestent. Quitte à devoir rendre des comptes devant la justice.

"On ne se cache pas de ce qu’on a fait, on ne veut plus être entouré de ces symboles-là", martèle Jay Asani, jeune militante martiniquaise. En mai 2020, elle est sur place quand des manifestants mettent à terre la statue de Victor Schoelcher, à l’origine du décret d’abolition de l’esclavage, mais dont la figure éclipse selon certains le combat pour la libération par les esclaves eux-mêmes.

C’est une statue paternaliste, sexiste, raciste, c’est une statue qui n’a rien à faire là !

Jay Asani, militante.


Sur le monument, la Martinique est représentée comme une petite fille à qui l’on montre la voie. Le procès des déboulonneurs, pour "destructions en réunion d'objets mobiliers classés" ne s’est pas encore tenu.

Retrouvez un extrait du film d’Emile Rabaté, produit par Frédéric Tyrode Saint Louis :

 
En Martinique, en Guadeloupe, dans l’Hexagone... La mise à bas de symboles coloniaux par des militants anti-racistes se multiplient. Franco Lollia, porte-parole de la brigade anti-négrophobie, avait tagué devant l'Assemblée sur la statue de Colbert, considéré comme le père du Code noir, les mots "Négrophobie d’Etat". A la peinture rouge, pour symboliser le sang versé. Son procès pour "dégradation" s’est tenu le 10 mai dernier. Le procureur a requis une peine de 800 euros d’amende. Le verdict est attendu le 28 juin prochain.

Effacer l’histoire ?

Leur démarche n’est pas forcément comprise. "La République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n'oubliera aucune de ses œuvres, elle ne déboulonnera pas de statue", avait assuré Emmanuel Macron lors d’une allocution télévisée.

Un argument qui ne convainc pas Seumboy Vrainom. "Je ne suis pas d’accord avec le fait que déboulonner une statue ce serait effacer l’histoire, indique ce youtubeur, qui vulgarise l’histoire sur sa chaîne Histoires crépues. Quand il y a un changement de régime on enlève les symboles de l’ancien régime, c’est une manière de manifester le fait qu’on change de manière de penser, on change de référence symbolique."

Pourquoi la Ve République est-elle incapable de modifier la symbolique des régimes qui l’ont précédé quand il s’agit de colonisation ? Parce que quand il s’agit de Pétain, tous les symboles ont été retirés, il n’y a aucun soucis.

Seumboy Vrainom.


Madly Etilé est enseignante. La mère de Kéziah, militant anti-chlordécone arrêté violemment en marge d’une manifestation en juillet 2020 en Martinique, en est sûre "l’histoire nous donnera raison". L’arrestation de son fils avait provoqué des émeutes sur l’île. Aucune date n’a pour l’instant été fixée pour son procès pour violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique, qui ne se tiendra pas en Martinique, mais à Paris. Il risque 5 ans d’emprisonnement.

Décoloniser les rues mais aussi la langue, l’histoire, la culture

En février 2021, des militants martiniquais s’en prennent à une distillerie. Le marketing de la marque, qui repose sur l’imagerie coloniale, est "une insulte" selon eux. Accusés de violence en réunion, tentative d’extorsion de signature et rébellion, quatre d'entre eux ont été condamnés en première instance à de la prison avec sursis. 

La décolonisation des mentalités passe par l’image, mais pas que. Gaël Velleyen est musicien. Dans les chansons de ce réunionnais, les paroles se font politiques : "On grandit avec les mauvaises références, nos bourreaux sont des héros pour la France." Il chante en français, mais aussi en créole. Cela n’a pas toujours été le cas : "J’ai arrêté de mettre des primevères dans mes textes, parce que je n’en ai jamais vu."

"Les statues de la discorde", un documentaire d'Emile Rabaté, à voir et revoir sur le Portail Outre-mer la 1ère, een cliquant ici.