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Grenelle du gouvernement sur les violences conjugales : la situation Outre-mer

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Rassemblement contre les féminicides à Paris, le 1er septembre 2019. ©Zakaria ABDELKAFI / AFP
Le gouvernement lance mardi à Matignon un "Grenelle" des violences conjugales dans l’objectif de lancer un "plan Marshall" pour enrayer le phénomène. Plus de 100 personnes sont mortes depuis le début de l’année. Qu'en est-il Outre-mer ?
Un "Grenelle" des violences conjugales en France, lancé par le Premier ministre ce mardi. Édouard Philippe a annoncé la création de 1000 places d'hébergements supplémentaires dans les foyers, pour un budget de 5 millions d'euros. Ce Grenelle a été organisé le 3 septembre 2019, 3/9/19, en écho au numéro de ligne téléphonique dédiée aux femmes victimes de violences, le 3919. 

Selon le secrétariat d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, environ 219 000 femmes sont victimes de violences conjugales chaque année. En 2018, selon le ministère de l'Intérieur, 121 femmes ont perdu la vie, tuées par des hommes.
 

101 féminicides depuis début 2019

Plusieurs associations étaient présentes pour ce Grenelle, dont le collectif "Féminicides par (ex) compagnons" qui dénombre les féminicides se produisant en France. Un "féminicide" est le meurtre d'une femme ou d'une fille en raison de son genre. Aux yeux de la loi française, qui ne reconnaît que l'homicide dans le droit pénal, le genre est une circonstance aggravante depuis 2017 mais le féminicide n'est pas reconnu en tant que tel. 

Néanmoins, partant des faits divers dans la presse, le collectif recense chaque féminicide par an, depuis 2016. Ainsi, depuis le début de l'année 2019, 101 femmes sont mortes tuées par leur compagnon ou de leur ex-conjoint.
   
Concernant les Outre-mer, six femmes ont été tuées par leurs conjoints, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie : 

Tous les territoires touchés

Si aucun féminicide n'a été décompté cette année dans les autres territoires ultra-marins, cela ne veut pas dire que le phénomène n'y existe pas. La Réunion, par exemple, en a connu 5 l'an dernier : Graziella Martinotti, Vanina Galais, Marie-Bergerette Hajji, Alexandrine Silloz et Viviène Antoniama Sevetian. Cinq décès qui font de La Réunion le troisième département avec le plus haut taux de féminicides par habitant de France. Un contrat local a été signé afin de mieux connaître l'étendue du problème dans le département. Mais en août, un homme a été mis en examen pour avoit tenté d'assassiner son ex-compagne à coup de cutter.
 
 Explications d'Henri Hélie :
©la1ere

"En Outre-mer, c'est comme ailleurs", note une bénévole du collectif Féminicides. Poids des traditions, promiscuité, isolement... les facteurs accablants sont parfois plus prégnants Outre-mer. "Jalousie, menaces, contrôle de l'autre, sont des signes de danger", rappelle la bénévole.

Ainsi en janvier en Martinique, un homme a agressé sa compagne à coups de couteaux, la laissant dans un état grave. Quelques jours après, une grande marche était organisée à Fort-de-France en hommage à Jessica, une femme tuée par son conjoint en janvier 2018. En Guadeloupe, cinq femmes ont été assassinées en 2017 et plus de 1300 faisaient état de violences physiques par leurs conjoints.
 

Violences accrues

En avril, les premières assises nationales des violences faites aux femmes et aux filles dans les Outre-mer étaient organisées à Paris par l'association Figures de femmes totem des Outre-mer. Chantal Clem, l’initiatrice du projet, expliquait alors que "le volume des violences faites aux femmes est plus important en Outre-mer que dans l’hexagone". Se référant au rapport du Conseil économique social et environnemental sur le sujet, remis en 2017, elle précisait : "2,3% des métropolitaines déclaraient avoir été victimes d'agression physique par leur (ex-)conjoint dans les 12 derniers mois, le chiffre montait à 17% pour la Polynésie et 19% pour la Nouvelle-Calédonie. Les femmes de ces deux territoires sont également huit fois plus victimes d'agressions sexuelles par leurs conjoints que dans l'hexagone." 
  

#1milliardpas1million

"Il y a quelque chose dans la culture française qui perdure" quant aux violences conjuguales, analyse le collectif Féminicides qui déplore que les sanctions "ne soient pas à la hauteur" : "Un homme qui menace sa femme à la maison aura du sursis alors que s'il menace un inconnu dans la rue, il aura bien plus de problèmes". 

Les associations demandent un "plan Marshall" contre les féminicides avec "au moins" 500 millions d'euros alloués à la lutte, loin des 79 millions actuellement distribués selon elles. Une demande relayée sous le mot-clé #1milliardpas1million sur les réseaux sociaux. Les militantes souhaitent également la création de 2000 places supplémentaires d'hébergements d'urgence dans les foyers pour les femmes fuyant le domicile conjugal, ainsi que des préventions dès l'école et dans les instances judiciaires et auprès des forces de l'ordre. 
 

Conclusions en novembre

Les conclusions du Grenelle seront présentées le 25 novembre prochain, à l'occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Un "travail de longue haleine" a estimé Marlène Schiappa, secrétaire d'État pour l'égalité entre les femmes et les hommes.
Comment agir en cas de violences
Que les faits soient anciens ou récents, parlez-en à une personne en qui vous avez confiance, à un professionnel (médecin, assistant-e social-e, avocat-e) ou adressez-vous à une association spécialisée dans la lutte contre le viol et les violences faites aux femmes qui vous accompagnera. Le 3919 est à votre disposition pour vous écouter et vous guider.

En cas d’urgence, appelez le 17 ou le 112 (depuis un portable).
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