Les législatives 2022 en Nouvelle-Calédonie à travers douze questions

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Vote élections législatives mairie Poya (11 juin 2017)
Le premier tour des législatives 2017 dans un bureau de Poya. ©Michel Bouilliez / NC la 1ère
Le compte à rebours a commencé. Le premier tour de l’élection législative se déroulera le 12 juin. Douze questions mais surtout douze réponses pour mieux comprendre ce scrutin, son fonctionnement et ses enjeux vus de Nouvelle-Calédonie.

Les élections présidentielles passées, les législatives se profilent. Comme en Métropole, elles se dérouleront les 12 et 19 juin sur le Caillou.

1Pourquoi vote-t-on aux législatives ? 

Cette consultation permettra d’élire les 577 députés qui siègeront à l’Assemblée nationale pour le prochain quinquennat. Les députés exercent un mandat au service de l'intérêt général, qui leur a été confié par les citoyens. Ils ont une mission de législation et de contrôle dans l’hémicycle du Palais Bourbon et dans de nombreuses réunions d’instances (commission, délégations, groupes de travail). Dans leur circonscription, ces parlementaires échangent avec leurs concitoyens. Ils tiennent des permanences, organisent des réunions publiques et répondent à des sollicitations. Ils font remonter les préoccupations de leurs électeurs à un niveau national. 

2Comment fonctionne ce scrutin? 

L’élection législative se déroule au scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Un candidat est élu au premier tour s'il recueille plus de 50 % des suffrages exprimés, et un nombre de voix au moins égal à 25 % du nombre d’inscrits. Dans le cas inverse, un second tour est organisé une semaine plus tard. Seuls les candidats qui ont obtenu un nombre de voix au moins égal à 12,5 % du nombre des électeurs inscrits peuvent y participer. Celui qui rafle le plus de voix est élu. En cas d'égalité parfaite, c'est le plus âgé qui est élu.

3Qui peut voter? 

L’élection législative est un scrutin national. Pas de corps électoral gelé en Nouvelle-Calédonie, comme c'est le cas pour les provinciales et les consultations référendaires. Afin de pouvoir voter, il faut être inscrit sur une liste électorale générale. Cette inscription, qui se fait à la mairie de son domicile, doit répondre à plusieurs critères. Il faut être âgé d’au moins 18 ans la veille du premier tour, être de nationalité français et jouir de ses droits civils et politiques. Sauf cas particuliers, il est impératif de s'inscrire avant la fin de l'année, soit le 31 décembre, pour voter l'année suivante. La liste électorale générale a été close le 28 février 2022. Vous pouvez vérifier votre inscription sur : www.electeur-nc.fr/

A noter que dans le cas des jeunes majeurs de 18 ans, si les formalités de recensement ont été accomplies, l’inscription sur la liste électorale est automatique.

4Quel est le calendrier ? 

- Mardi 26 avril : publication au Journal officiel du décret portant convocation des électeurs pour l'élection des députés à l'Assemblée nationale.

- Du lundi 16 au vendredi 20 mai : période de dépôt des candidatures pour le premier tour, qui se fait sur rendez-vous au haut-commissariat.

- Lundi 30 mai : début de la campagne électorale officielle. Mise en place des panneaux d'affichage. Emissions de campagne électorale sur les antennes des sociétés nationales de radio et de télévision, ainsi qu'en podcast sur leur site.

- Samedi 4 juin : premier tour du scrutin en Polynésie française.

- Dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 juin, à minuit : clôture de la campagne électorale pour le premier tour.

- Dimanche 12 juin : premier tour du scrutin en Nouvelle-Calédonie.

- Mardi 14 juin : date limite de dépôt des candidatures pour le second tour.

- Samedi 18 juin : second tour en Polynésie française.

- Dimanche 19 juin : second tour en Nouvelle-Calédonie 

- Mardi 21 juin : fin du mandat de l'Assemblée nationale élue en 2017.

- Mardi 28 juin : première séance de l'Assemblée élue. Désignation de son président.

5Quel est le traitement médiatique réservé aux candidats dans l'audiovisuel ? 

L'Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) rappelle que depuis le "lundi 2 mai, les télévisions et radios doivent de nouveau appliquer les règles de pluralisme en période électorale en vue des élections législatives". Elles "doivent décompter les temps de parole des candidats et de leurs soutiens et accorder un temps de parole qui correspond à leur représentativité. La règle d'équité du temps de parole permet de faire respecter le pluralisme politique dans les médias audiovisuels."

6Qui est candidat ? 

Au 20 mai à 20 heures, le nombre définitif de candidatures déclarées se monte à dix-sept. Douze hommes et cinq femmes.

> Ils sont huit dans la première circonscription : par ordre alphabétique, Guy-Olivier Cuénot, suppléé par Malia Finaulagi-Nila (Rassemblement national) ; Philippe Dunoyer suppléé par Naïa Watéou (Ensemble ! Majorité présidentielle) ; Antoine Gil, président du Mouvement des citoyens français, suppléé par Stéphane Quinet ; Joël Kasarhérou, suppléé par Luen Iopue (Construire autrement); Pascal Lafleur, suppléé par Pascale Daly (sans étiquette) ; Virginie Ruffenach suppléée par Warren Laukau (Rassemblement-Les Républicains) ; Jérémy Simon, suppléé par Mickaël Tordjman (Les Patriotes) ; Wali Wahetra suppléée par Fidel Malalua (FLNKS). 

> Ils sont neuf dans la seconde : Alain Descombels, suppléé par Ursula Haoa (Rassemblement national) ; Muneiko Haocas, suppléée par David Yeiwie (MNIS) ; Michelle Homboé, suppléée par Lénaïc Kerleguer (Construire autrement) ; Joannes Ititiaty, suppléé par Loretta Azerari (sans étiquette) ; Nicolas Metzdorf suppléé par Willy Gatuhau (Ensemble ! Majorité présidentielle) ; Manuel Millar suppléé par Pelekuala Tuakoifenua (sans étiquette) ; Véronique Pagand, suppléée par Alysea Pagand (sans étiquette) ; Gérard Reignier suppléé par Marie-Pierre Goyetche (FLNKS) ; Thierry Santa suppléé par Vanessa Wacapo (Rassemblement-Les Républicains).

> A noter que Philippe Gomès, député sortant de la seconde circonscription, ne sera pas candidat à sa succession. Et que Vaea Frogier-Morault, après s'être positionnée, a renoncé à participer.

 

7A quoi correspond la première circonscription ? 

La première circonscription de la Nouvelle-Calédonie comprend les communes de l’Ile des Pins, Lifou, Maré, Nouméa et Ouvéa. Au 11 avril 2022, 96 762 personnes sont inscrites sur ses listes électorales. Au recensement de 2019, cette circonscription comptait 114 675 habitants. Les principaux groupes de population qui y résident étaient les Kanak (44 384), les Européens d'origine (37 284) et les personnes s'identifiant comme métis (10 041). Les jeunes de moins de 20 ans représentaient 27,7 % des habitants. Et les personnes âgées de 65 ans ou plus : 11,7 %.

Pour ce qui est du niveau d’études, 24,5 % de la population avait un diplôme de niveau supérieur à bac + 2 (pour toute la Calédonie, c'était 16,2 %). 20,1 % possédait un CAP ou BEP (contre 23,5% à l'échelle du territoire). 17,3% des résidents étaient sans diplôme (à comparer avec les 22 % sur le Caillou entier). En 2019, le taux d’activité des 15-64 ans était de 71,3 % et le taux d’emploi, de 61,9 %. 

8Et la seconde ?

La seconde circonscription rassemble les communes suivantes : Belep, Boulouparis, Bourail, Canala, Dumbéa, Farino, Hienghène, Houaïlou, Kaala-Gomen, Koné, Koumac, La Foa, Moindou, le Mont-Dore, Ouégoa, Païta, Poindimié, Ponérihouen, Pouébo, Pouembout, Poum, Poya, Sarraméa, Thio, Touho, Voh, Yaté et Kouaoua. Au 11 avril 2022, 122 011 personnes sont inscrites sur les listes électorales de la circonscription. En 2019, il y avait 156 732 habitants. Les résidents étaient principalement d'origine kanak (67 472), européenne (28204) et métis (20 717). 

Les jeunes de moins de vingt ans comptaient pour 31,9 % de la population et les personnes âgées de 65 ans ou plus pour 8,9 %. Quelque 26,1 % de la population détenait un CAP ou un BEP contre 23,5 % en Calédonie. 9,9% possédait un diplôme supérieur à bac +2. 25,5% n'avait aucun diplôme. En 2019, le taux d’activité des 15-64 ans était de 70,5 % et le taux d’emploi, de 58,6 %. 

9Pourquoi ce découpage ?

A l'origine de ces circonscriptions, un découpage qui date de 1986. Il a été mis en place par les services du ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le choix n’a rien d’anodin. En associant Nouméa, l’Île des Pins ainsi que les Loyauté d’un côté, et le reste du territoire de l’autre, ce découpage a nettement privilégié l’électorat loyaliste. Depuis, aucun indépendantiste n'a été élu à la députation.

10Qui se présentait la fois d'avant ? 

Pas moins de 21 personnes ont présenté leur candidature à l’élection législative des 11 et 18 juin 2017. 

La première circonscription a vu s'affronter : Alain Descombels (suppléé par Elia Sione) ; Sonia Backès (Jean-Gabriel Favreau) ; Philippe Dunoyer (Annie Qaeze) ; Louis Manta (Francine Baumann) ; Lina Balmelli (Jean-Paul Glaudel) ; Charles Washetine (Rolande Trolue) ; Michel Hanocque (Xavier Chombeau) ; Gaël Yanno (Sacha Benisti) ; Germaine Nemia-Bishop (Sonia Seiko-Hotere) ; Bernard Deladrière (Eugène Ukeiwé); Philippe Gras (Karen Lopez) et Macate Wenehoua (Angélina Piepe-Gargani).

Dans la deuxième circonscription, étaient en lice : Manuel Millar (suppléé par Pelekualoa Tuakoifenua) ; Bianca Hénin (Christopher Bourgine) ; Philippe Gomès (Gérard Poadja) ; Oscar Diaz (Julien Dubrana) ; Louis Mapou (Jean Creugnet) ;
Gil Brial (Joann Winchester) ; Henry Bodeouarou (Pelenato Kavahuumai) ;
Harold Martin (Grégoire Bernut) et Pascal Vittori (Wilfrid Weiss).

11Quels résultats en 2017 ?

Au premier tour, l'abstention a été importante. Près d'un électeur sur trois seulement s’est déplacé aux urnes. Dans la première circonscription, Philippe Dunoyer (Calédonie ensemble) s’impose avec 7 780 voix, soit 27,88 % des suffrages. Sonia Backès (Les Républicains ensemble dans la France) arrive en deuxième position avec 17,27 % des voix. Elle devance ainsi Gaël Yanno (UCF), qui obtient 15,86 % des votes. Ils sont suivis par Bernard Deladrière (Rassemblement-Les Républicains) avec 14,5% des suffrages et par Charles Washetine (FLNKS). Le Front national avec Lina Balmelli récolte 6,75 % des voix. Les autres candidats ne dépassent pas la barre des 2,5 %.

Dans la seconde circonscription, on assiste au duel attendu entre le candidat de l’Uni et le député sortant. Louis Mapou recueille 11 262 voix, soit 30,08 %, devant Philippe Gomès (Calédonie ensemble) qui en rassemble 23,94 %. Harold Martin (Avenir ensemble) est le troisième homme de cette élection avec 15,36 % des suffrages, suivi de Bianca Hénin (FN) avec 11,69 %, Gil Brial (UCF) avec 10 % et Pascal Vittori (Tous Calédoniens) avec 6,83 %. Les trois autres candidats sont sous la barre des 1 %.

Au second tour, c'est Calédonie ensemble qui sort grand vainqueur. Dans la première circonscription, Philippe Dunoyer l’emporte avec 59,15 % des suffrages contre 40,85 % en faveur de Sonia Backès. Dans l'autre, Philippe Gomès prend la tête du scrutin avec 54,95 %, quand Louis Mapou fait 45,05 %. 

12Quels sont les enjeux locaux ? 

A la sortie de l'Accord de Nouméa, ce scrutin censé revêtir une dimension nationale revêt en Calédonie un intérêt local majeur, pour les loyalistes comme pour les indépendantistes. Les uns et les autres espèrent pouvoir compter sur un ou plusieurs député(s) à l'Assemblée nationale afin de défendre leurs convictions dans les discussions annoncées sur l'avenir institutionnel. 

Dans cette perspective, une partie du camp loyaliste s'est même rangée derrière le chef de l'Etat et sa majorité présidentielle. Malgré leurs différences, les Républicains calédoniens, le Mouvement populaire calédonien, Générations NC et Calédonie ensemble "ont décidé de se rassembler afin de porter ensemble un projet politique commun dans la perspective des échéances majeures qui attendent la Nouvelle-Calédonie". 

Dans la sphère indépendantiste au sens large, on attendait l'élection présidentielle avant toute éventuelle reprise des négociations avec l'Etat. Cela étant fait, le principe d'une candidature unitaire a été confirmée, dans chacune des circonscriptions. "On a les élections législatives pour avoir un représentant à l’Assemblée nationale qui parle en notre nom. On a plusieurs leviers et les députations font partie d’un de ces leviers", formule clairement Pascal Sawa, de l'Union calédonienne.