18 mars 2020, la Calédonie se confrontait à la pandémie

coronavirus
restaurateurs coronavirus
©Nicolas Fasquel

Du 18 mars 2020 au 17 mars 2021, la Nouvelle-Calédonie aura connu 96 cas de Covid-19, aucun décès lié au coronavirus sur son sol et deux confinements, séparés par des mois de vie quotidienne presque normale. Regard sur une année exceptionnelle qui a commencé un mercredi plein d'anxiété. 

Le soir de nos premiers cas

Panneau d'alerte au coronavirus à Tontotua
Au début de la pandémie, le virus est systématiquement associé à la Chine, comme ce panneau d'alerte à l'aéroport de Tontouta. ©NC la 1ere

La journaliste qui a diffusé l’alerte sur l’application mobile de NC la 1ere, ce soir-là, s’en souvient comme si c’était hier. Le mercredi 18 mars 2020 à 19h19, un communiqué arrive du gouvernement. Et ce n’est pas sans une certaine émotion que les rédactions relaient la nouvelle tant redoutée : pour la première fois, la présence du nouveau coronavirus dont toute la planète s’inquiète est bel et bien détectée en Calédonie. 

Un couple en voyage de noces, arrivé de Sydney la veille par un vol Aircalin, a présenté des symptômes «après une nuit sur place». Tous deux ont été testés positifs, et placés au Médipôle de Dumbéa. 

Le Caillou est déjà affecté par les conséquences de la pandémie à l’échelle nationale, et mondiale. Dès le 7 février, une première alerte a conduit à l'isolement d'une résidente revenant de Chine et de plusieurs personnes qui ont été en contact avec elle. Et hors de nos frontières, des Calédoniens ont pu se trouver en première ligne, depuis la fameuse ville de Wuhan ou lors d'une croisière qui dégénère sur le Diamond princess.

La Nouvelle-Calédonie est compétente en matière de santé, de nombreuses mesures de prévention ont été mises en œuvre. Les dépistages réalisés sont suivis avec appréhension, les bateaux de croisière ne sont plus autorisés, le second tour des municipales vient d'être repoussé... L'autoconfinement obligatoire pendant deux semaines a même été lancé pour tous les passagers débarquant à Tontouta. Ce couple de voyageurs est arrivé juste avant...
 

Le 19 mars, au revoir les bars 

Coronavirus, déclaration solennelle au gouvernement, 19 mars 2020
19 mars 2020, déclaration «solennelle» après la détection des premiers cas. ©Martin Charmasson / NC la 1ere

Désormais, on craint la circulation du virus à travers le pays. Le jeudi 19 mars, «déclaration solennelle» de Thierry Santa, président du gouvernement, et du haut-commissaire Laurent Prévost. Dès la fin de journée, les écoles ferment. Le soir, c'en est temporairement fini des rassemblements à plus de vingt personnes, des manifestations publiques, des bars, restaus, nakamals ou cinémas... 

L’aéroport international est au cœur de l’attention et des inquiétudes, sa fermeture est réclamée. Les voyageurs entrants commencent à être placés en confinement strict, au Cise de Koutio, ou dans un hôtel réquisitionné par le gouvernementLes non-résidents sont invités à préparer leur départ de Calédonie. A l'inverse, les Calédoniens hors du Caillou sont appelés à ne pas rentrer. Et c'est annoncé : les liaisons aériennes "passagers" internationales ne seront pas maintenues au-delà du mardi suivant, le 24 mars. 

Souvenirs avec ce reportage de Louis Perin et Gaël Detcheverry :

 

Le 20 mars, Tontouta se ferme

Manifestation à l'aéroport, coronavirus, 20 mars 2020
©NC la 1ere

L’aéroport international de Tontouta va être fermé aux arrivées plus tôt que prévu. Dès la nuit du vendredi 20 au samedi 21 mars, apprend la population avec stupeur, quelques heures avant. Raison de cette précipitation : le nombre de places limité pour le confinement à l'hôtel.

Il sera question de dérogations, de rapatriements. Mais pour les nombreux Calédoniens piégés en déplacement à l’extérieur, partout à travers le globe, le parcours du combattant commence. Ils ne le savent pas encore : certains mettront des mois avant de réussir à rentrer.

Dès le week-end, l’arrêt des transports isole les îles. Et le dimanche 22 mars, cette autre nouvelle : on pense avoir détecté un cas de Covid qui ne vient pas de l'extérieur, qui serait donc autochtone (même si ce sera infirmé plus tard). Pour endiguer toute propagation du virus, la population va être mise à l’épreuve du confinement strict et généralisé à la maison.
 

Le 24 mars, on se confine

Contrôle gendarmerie confinement coronavirus
Contrôle des attestations de déplacement pendant le confinement 2020 en Calédonie. ©Nicolas Fasquel / NC la 1ere

Il prend effet dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 mars. Plages désertes, rues vides, magasins fermés... A marche forcée, la Calédonie s'organise pour faire face aux contraintes et aux questionnements posés par ce confinement. Comme la majorité de la France doit alors le faire depuis une semaine.

On découvre les attestations, les contrôles, la distanciation dans les magasins, la galère de l'école à la maison, le télétravail en masse, la grand-messe quotidienne du point presse. Seules les activités jugées indispensables fonctionnent, avec la filière nickel qui doit elle aussi s’adapter. 


Le 3 avril, on reste confinés

VALE CORONAVIRUS, Prévention Covid à l'usine du Sud, avril 2020.
Prévention Covid à l'usine du Sud, avril 2020. ©Erik Dufour / NC la 1ere

Le dimanche 29 mars, au Médipôle, un des patients positifs part en réanimation. D'abord prévu pour quinze jours, le confinement est prolongé jusqu’au lundi 13 avril. Un cas positif est tardivement mis en lumière à la cellule de crise du gouvernement. Quatorzaine pour plusieurs personnalités, dont le président Santa.
 

Le 20 avril, sortie progressive

Confinement adapté, enfants sur les baies
Le soir du passage en confinement adapté, sur les baies de Nouméa. ©NC la 1ere

A compter du lundi 20 avril, c’est le déconfinement progressif, ou «confinement adapté», prévu jusqu'au dimanche 3 mai. Sortie en mer, coup de pêche, moto marine, parapente, vélo : les Calédoniens vont savourer le premier week-end à l'air libre. Les enfants s'apprêtent à reprendre l'école, de façon échelonnée, dès cette semaine pour certains, début mai en province Nord.

Nouvelle étape du lundi 4 mai au dimanche 14 juin. La plupart des activités quotidiennes peuvent reprendre, parfois sous conditions. Sur le plan sanitaire, la situation semble en effet sous contrôle

Sur le plan de l’économie, l’effet Covid s'est fait cruellement ressentir. Il faut financer la mise sous cloche du Caillou. Notamment la quatorzaine en hôtel, remise en cause mais qui montre son efficacité pour filtrer le virus. Il faut soutenir les secteurs les plus durement touchés, comme le tourisme et le transport. La Calédonie obtient en particulier un prêt de 28 milliards CFP auprès de l’AFD, l’Agence française de développement, avec garantie de l’Etat. 
 

Le 15 juin, retour au quotidien

Restaurateurs reprise à la normale 15 juin 2020
©NC1ère

Au fil des mois, les Calédoniens voient s’éloigner le moment où ils pourront à nouveau voyager à leur guise, jusqu’au samedi 31 juillet 2021. C’est ce qui semble le prix à payer pour demeurer l’un des rares endroits Covid-free de la planète, en tout cas sans circulation de la maladie. 

Alors que la pandémie n’en finit pas de secouer le reste de la France et la majeure partie du monde, ici, on recommence à se faire la bise, à se serrer la main, à vivre sans masque sauf dans certaines situations et à sortir en boîte normalement. A partir du lundi 15 juin, plus de contrainte à l'intérieur du territoire.
 

Le 28 juin, second tour des municipales

Les journées restent rythmées par le bilan des tests qui marquent la fin des quatorzaines. Mais l’actualité qui fait la Une localement s’avère de moins en moins dominée par le coronavirus. Même si la menace de la pandémie ne facilite pas le second tour des municipales, reporté au dimanche 28 juin.
 

Le 4 octobre, référendum

Ni la deuxième consultation sur l’avenir institutionnel prévue par l’Accord de Nouméa. Après une campagne référendaire aux couleurs des deux drapeaux, le dimanche 4 octobre, 53.26 % des électeurs qui peuvent voter choisissent le maintien de la Calédonie dans la France, face à 46.74 % en faveur de l’indépendance… Toujours en octobre, le ministre des Outre-mer se prête à la quatorzaine obligatoire pour venir à Nouméa discuter de la suite. 
 

Le 10 décembre, l'usine du Sud évacuée

En parallèle, la filière nickel semble aller de mal en pis. La cession de l’usine Vale, en particulier, devient un feuilleton de plus en plus anxiogène, qui bascule dans la violence au mois de décembre.

Les conséquences sociales, économiques et politiques de ce bras de fer marquent encore fortement le début d’année 2021. En parrallèle, la vaccination anti-Covid commence, doucement, le mercredi 20 janvier.
 

De février à début mars, l'actu s'emballe

Niran Nouméa 2
Lors du passage de Niran sur Nouméa. ©Claude Lindor / NC la 1ere

C’est seulement le jeudi 4 mars qu’un accord politique autour de l'usine du Sud est annoncé, qui dégoupille le dossier. Entre-temps, la Calédonie subit début février une dépression tropicale forte, Lucas. Elle coïncide avec la chute du gouvernement provoquée le mardi 2 février par ses membres indépendantistes. L’exécutif suivant est élu le mercredi 17 février, sans parvenir à se choisir un président. 

Le dimanche 28 février, attaque mortelle de requin contre un plaisancier à l’îlot Maître, non loin de Nouméa. Le vendredi 5 mars, alerte au tsunami, heureusement sans conséquence. Le samedi 6 mars, passage tumultueux du cyclone tropical Niran. 
 

Le 7 mars, retour à la case Covid

pharmacie covid 2021
A peine la résurgence de Covid annoncée, le 7 mars 2021, des pharmacies étaient prises d'assaut. ©Coralie Cochin / NC la 1ere

Mais la nuit suivante, alors que l’alerte 2 est maintenue et que la population a interdiction de sortir, de bien mauvaises nouvelles parviennent de Wallis et Futuna. Le territoire avec lequel nous avons une bulle sanitaire a découvert ses premiers cas de Covid hors quatorzaine.

Le dimanche 7 mars 2021, la Grande terre est jonchée d’arbres tombés et de fils électriques quand la Calédonie apprend la catastrophe suivante : elle subit une résurgence de la pandémie. Neuf cas de Covid-19 ont été détectés chez des personnes de retour de Wallis-et-Futuna, hors quatorzaine. Un nouveau confinement est décrété, dès la nuit du lundi 8 au mardi 9 mars. La Journée des droits des femmes passe singulièrement inaperçu...
 

Le 9 mars, à nouveau confinés

Lifou confinement en tribu 1
Le confinement 2021 dans une tribu de Lifou. ©Carawiane Carawiane / NC la 1ere

Pendant que les autorités sanitaires doivent enquêter sur plus de 600 passagers revenus de Wallis depuis le lundi 25 janvier, la Nouvelle-Calédonie renoue avec le confinement généralisé. Le samedi 13 mars, le port du masque devient obligatoire. La campagne de vaccination s'accélère enfin.

Bilan au bout de quelques jours : les Calédoniens sont plutôt bons élèves. La vie quotidienne s’est rapidement adaptée, cette fois. La preuve dans ce micro-trottoir d'Alix Madec à Nouméa :

Un an de Covid, microtrottoir

 

Le 18 mars, un drôle d'anniversaire

Au 18 mars 2021, la Nouvelle-Calédonie s'avère l'un des trois territoires français à ne pas déplorer sur son sol de décès lié à cette pandémie (comme Wallis et Futuna à ce moment, ou Saint-Pierre et Miquelon). Au vu du point sanitaire arrêté le 17 mars (et rendu public le lendemain), 96 cas y ont été repérés en un an, dont 38 depuis la résurgence du virus, le 7 mars dernier.

La situation sanitaire paraît encourageante. Mais par sécurité, ce jour anniversaire coïncide avec l'annonce que le confinement de la Nouvelle-Calédonie est prolongé par une troisième semaine :